Comment alors se protéger ?Il convient en premier lieu de prendre conscience de l’asymétrie qui existe entre les moyens mis en œuvre pour se défendre et la technicité mise en œuvre par les fraudeurs. L'industrie du hacking se développe plus vite que la transformation des entreprises, et la dernière chose à faire est de sous-estimer les fraudeurs.
Ensuite, une cartographie des risques et des audits réguliers doivent être mis en place de manière transverse à l’entreprise, afin d’identifier les vulnérabilités et de déployer les actions nécessaires. C’est l’affaire de tous, et pas seulement des personnes responsables de la sécurité, dans la mesure où le fraudeur va identifier le point faible de l’organisation. Il peut s’agir d’un processus, comme d’une personne identifiée.
Enfin, les entreprises doivent s’approprier l’intelligence artificielle et s’équiper d’outils experts pour détecter en amont les fraudes de manière automatique. Elles doivent lever les alertes à l’entrée en relation avec un tiers, puis tout au long de la vie du contrat. Il ne faut en effet pas baisser la garde : nombre d’entreprises tout à fait légales sur le papier et ayant une activité réelle servent de cheval de Troie pour « détrousser » les entreprises.
Facturation électronique dans le transport routier, la mise en conformité avance de façon hétérogène
La double échéance de la facturation dématérialisée (en septembre 2026 et 2027) ne sera pas le "grand soir" de la digitalisation du transport routier, mais elle questionne certaines habitudes dans ses entreprises. À trois niveaux (au moins).
Le premier niveau concerne la lettre de voiture (document contractuel à la source de la facturation), très utilisée en version papier. La facturation dématérialisée rend logique la eCMR prévue depuis 2017 (selon le règlement européen EFTI), solution prônée par certains, rejetée par d’autres.
Le second niveau adresse la sous-traitance et le cabotage qui structurent l'activité du transport routier aux plans national et transfrontalier. Sans aucun doute, les petites entreprises seront dûment appelées à se mettre au diapason des grandes, leurs donneurs d’ordre, dès 2026.
Le troisième niveau vise le nombre pléthorique de plateformes de dématérialisation partenaires (une centaine de PDP en pré-inscription) et la liaison avec les TMS (transport management system). La multiplicité des acteurs et leur interopérabilité non certifiée (à ce jour) laissent sceptiques les chefs d'entreprise sur la fluidité des échanges, les coûts induits (audits facturés, notes d’honoraires et prestations associées, coût unitaire à la facture, frais d’abonnement…) et les gains potentiels (délai de paiement, relances limitées, meilleur suivi des clients et du cycle de vie des factures…) selon la volumétrie des factures.
Conservateur de nature, innovant par principe, le secteur du transport routier (plus de 30 000 entreprises recensées) s’est toujours adapté aux jalons réglementaires et numériques (EDI dans les années 2000, tachygraphe électronique, généralisation des TMS et ERP, géolocalisation des véhicules…), mais au rythme de ce que permettent la santé financière des entreprises et l'acculturation des équipes. La digitalisation et la transition énergétique (sortie progressive du diesel pour les poids lourds) sont les deux horizons du transport routier. Mais à l’évidence des faits, la première ira plus vite que la seconde.